
Cet événement annuel a accueilli près de 500 journalistes et experts médias d’Afrique et du monde entier qui ont débattu des problèmes auxquels sont confrontés les médias africains. Il était placé cette année sous le thème ‘Les voix africaines dans l’espace mondial des médias’ et encourageait les journalistes à élargir leur rayon d’action à l’environnement média mondial et à étendre l’impact de leur travail, notamment au niveau international.
Dans son discours prononcé à la fin de la première session de la journée, John Kufuor, ancien président de la République du Ghana, a appelé à un repositionnement des médias africains et à une approche plus équilibrée de la façon dont les informations sont relayées dans tout le continent. « Le Times of London et le Washington Post ne le feront pas pour nous », dit-il. « C’est à nous d’informer le monde sur ce qui se passe chez nous. »
Les problèmes de liberté d’expression et d’accès aux informations ont provoqué des débats tout au long de ces journées. Dans son hommage au journaliste rwandais, Jean-Léonard Rugambage, assassiné juste devant chez lui le 24 juin, Mathatha Tsedu, président du Forum des éditeurs africains, a rappelé aux participants que malgré les progrès réalisés ces dernières années en vue d’obtenir une presse plus libre, beaucoup de journalistes paient encore de leur vie le fait d’avoir choisi ce métier.
Faith Pansy Tlakula, rapporteur spécial sur la liberté d’expression et l’accès aux informations en Afrique, a affirmé que si quelques pays progressaient sur la voie d’une presse libre, d’autres en étaient encore bien loin. « Quelques gouvernements reconnaissent le besoin d’une presse libre et indépendante et d’autres non. Nous semblons faire quelques pas en avant et quelques pas en arrière simultanément », commente-t-elle. « Certains pays comme le Ghana ou l’Afrique du Sud ont bien avancé sur cette voie, mais d’autres continuent de promulguer des lois restrictives pour la liberté d’expression et la liberté de la presse en particulier. »
La coupe du monde étant sur le point de s’achever, la fièvre du football n’a pas manqué de se répandre jusque dans les halls et salles de séminaires de la conférence Highway Africa. Cette compétition présentée comme étant « la coupe du monde d’Afrique » a suscité bien des discussions entre les journalistes, organisateurs et conférenciers largement optimistes quant aux répercussions positives que cette coupe pourrait avoir sur l’image de marque non seulement de l’Afrique du Sud mais aussi du continent dans son ensemble.
Quant à l’Archevêque Desmond Tutu, son discours était attendu pour la clôture de la conférence. Il a félicité l’Afrique du Sud pour avoir montré au reste du monde quel était le potentiel incroyable du continent africain et a parlé devant un auditoire admiratif du rôle important que joue le journalisme en défendant la liberté d’expression et en plaçant le pouvoir devant ses responsabilités. « Vous, les médias, vous êtes l’un des instruments les plus puissants pour aider nos sociétés à apprécier la vérité », a-t-il déclaré. « Nous avons besoin de journalistes intègres ; nous avons besoin de journalistes courageux. Nous avons besoin de vous pour nous rappeler les idéaux qui nous ont motivés. »
L’Archevêque Desmond Tutu a évoqué la manière dont il a été traité par la presse d’Afrique du Sud contrôlée par l’État pendant les années de l’apartheid. « Sur chaque caricature, ils me dessinaient avec des lunettes aux verres foncés qui me donnaient un air sinistre. La situation en Afrique du Sud a commencé à bouger le jour où ils m’ont dessiné avec des verres clairs. »
Insistant sur l’importance cruciale de l’indépendance des médias en tant qu’élément essentiel d’une société démocratique digne de ce nom, l’Archevêque a conclu son discours en apportant tout son soutien à la Déclaration de la Montagne de la Table. Prononcée en 2007 lors du Congrès mondial des journaux au Cap, la déclaration appelle les chefs d’État africains à abolir les lois sur la diffamation et l’injure publiques et à replacer la liberté de la presse au cœur des discussions.
Les nombreux problèmes sociaux auxquels fait face la société africaine ne seront pas résolus simplement parce que l’Afrique a hébergé la coupe du monde de football, mais il est certain que cette compétition laissera des traces qui se feront sentir bien au-delà du monde sportif. La nouvelle infrastructure et les nouvelles plates-formes de télécommunication du pays, si elles sont bien gérées et maintenues en état, devraient assurer à un bien plus grand nombre de Sud-africains qu’auparavant un accès aux informations et actualités. Face à la pression montante de l’opinion publique enthousiaste et la confiance retrouvée pour avoir organisé avec succès un événement d’une telle ampleur, il reste à espérer que cet esprit contagieux du « quand on veut, on peut » changera la donne dans le dialogue international et mènera à une meilleure compréhension de l’Afrique contemporaine. Les médias rassemblés à Highway Africa ont la possibilité - et certainement la volonté - de bousculer les règles établies lorsqu’ils informeront à l’avenir de ce qui se passe sur le continent africain.
Andrew Heslop





