Deux ans après la signature de l’Accord Politique Général et les réformes prévues dans le secteur des médias, l’état de la liberté d’expression au Zimbabwe est peu encourageant, comme le soulignent deux rapports publiés cette semaine par Human Rights Watch et Reporters Sans Frontières.
Le gouvernement d’union nationale, formé en février 2009 afin de rééquilibrer les forces politiques du pays, avait annoncé une politique d’ouverture du paysage médiatique du pays, promettant des réformes qui garantiraient la transparence et permettraient la tenue d’élections libres et équitables. Or le rapport de Human Rights Watch constate l’absence de véritables réformes, regrettant des promesses sans lendemain. Interrogé par WAN-IFRA, Diwa Mavhinga, co-auteur du rapport nous confirme : « Aucun changement significatif n’a été noté. L’ensemble du pouvoir exécutif est concentré entre les mains du Président Mugabe, qui en use pour harceler, menacer et arrêter les journalistes, notamment en faisant appel à l’armée. » Depuis la mise en place du gouvernement d’union nationale, plus de 15 journalistes ont été les victimes des forces de sécurité de l’Etat.
La nouvelle coalition, qui a introduit un partage officiel du pouvoir entre le MDC (Movement for Democratic Change) et le parti du Président Mugabe ZANU-PF (Zimbabwe African National Union-Patriotic Front), n’a pas modifié le droit des médias, pas plus qu’elle n’a montré de velléité de donner davantage d’espace à la liberté d’expression. Lors de l’année écoulée, aucune licence n’a été accordée aux stations de radio et de télévision indépendantes en ayant fait la demande, et ce notamment en raison de la complexité de la procédure imposée. Les médias sont encore entièrement contrôlés par l’Etat, et toute émission d’information est soumise à l’autorisation préalable du tout puissant parti du président Mugabe. Or, comme le déplore Mr Mavhinga, « Le MDC ne bénéficie ni de l’autorité ni des pouvoirs nécessaires pour permettre des changements. »
Les prochaines élections, prévues en 2011, ne sont pas envisagées sans inquiétude. Comme l’a réaffirmé Mr Mavhinga, « sans respect du droit fondamental qu’est la liberté des médias, il ne sera pas possible de tenir des élections libres, équitables et crédibles. » Au-delà du résultat des élections, les zimbabwéens craignent que ne se répètent les tragiques évènements de 2008, où plus de 160 personnes avaient trouvé la mort dans une vague de violence orchestrée par l’Etat afin d’empêcher une victoire du MDC.
Pour répondre aux attentes de la population, quelques réformes ont bien été mises en place, mais elles sont restées très « superficielles » ; estime le chercheur zimbabwéen. Concrètement, aucune véritable amélioration n’a été notée pour les journalistes et autres individus souhaitant exprimer leurs opinions, les principaux textes juridiques servant à persécuter ceux qui critiquent le gouvernement. La coalition se flatte d’avoir promulgué une législation plus favorable aux médias, prenant l’exemple de la loi relative aux services de radio et de télédiffusion, censée permettre l’émission d’un plus grand nombre de licences. Or, loin d’apporter un quelconque changement positif en matière de liberté de la presse, les différents textes en vigueur « entravent gravement l’exercice de la profession de journaliste », limitant cette activité professionnelle aux seuls journalistes accrédités par des entreprises de presse, et pénalisant toute déclaration préjudiciable à l’Etat.
WAN-IFRA s’associe à Human Rights Watch pour inviter le Président Sud-Africain Jacob Zuma à faciliter le processus politique en « appelant le gouvernement zimbabwéen à remplir ses obligations ». Le respect des promesses faites en 2008 inclut, outre des réformes constitutionnelles, électorales, et des améliorations de la situation sécuritaire, la protection des droits de l’homme et de la liberté d’expression.
Article de Reporters Sans Frontières : http://fr.rsf.org/zimbabwe-retour-de-la-presse-independante-19-04-2010,37063.html Rapport de Human Rights Watch (anglais): http://www.hrw.org/node/89685
Celine Maillard





