Le résultat des élections présidentielles sud-africaines n’a surpris personne. Le Congrès National Africain (ANC) a mis des candidats dans toutes les circonscriptions dès le début de la campagne pour battre le parti d’opposition dissident, le Congrès du Peuple (COPE).
Les sondages prédisent que l’ANC obtiendra au moins 60 pour cent des votes lors des élections générales du 22 avril, faisant de Jacob Zuma, la figure de proue de l’ANC, un président tout désigné quand le Parlement se réunira dans deux semaines. Malgré les certitudes qui entourent les élections les plus importantes depuis 1994, la future direction du pays n’est pas aussi claire.
Pas plus que ne le sont les positions de nombreux rédacteurs en chef du pays, la plupart des journaux ne soutenant aucun parti en particulier. Selon Business Day, certains rédacteurs en chef ne voient guère de différences entre les diverses plateformes politiques tandis que d’autres essaient de pousser les lecteurs à voter en toute indépendance.
Alors que la campagne tirait à sa fin la semaine dernière, un aperçu du comportement des médias révèle également ce à quoi on s’attendait : la couverture des élections a respecté la ligne traditionnelle consistant à suivre les programmes et les réunions des principaux partis. Sandra Roberts, Directrice de la Recherche pour Media Monitoring Africa, nous livre quelques réflexions.
“Une couverture basée sur les événements était à l’ordre du jour, comme les meetings électoraux, les déclarations des hommes politiques et les batailles judiciaires dans lesquelles est engagé Zuma. Une grande partie de cette couverture a été consacrée aux trois partis : le Congrès National Africain (ANC), l’Alliance démocratique (DA) et le Congrès du Peuple (Cope). Si l’électeur s’intéresse à ces partis, il aura une assez bonne idée de la situation, à condition d’être exposé aux rares articles sur la politique prônée par ces partis. En revanche, la couverture des autres partis a été très limitée”, a-t-elle estimé.
Une autre faiblesse majeure de ce scrutin a été l’absence d’articles consacrés aux enjeux électoraux. Localement, les inquiétudes concernant la possibilité de modifier la constitution ont occupé le devant de la scène, et la masse des autres questions qui affectent les Africains au quotidien ont été largement mis de côté. La presse internationale, quant à elle, a surtout traité des poursuites contre Zuma et du soutien que lui apporté Nelson Mandela.
“Il a été peu fait mention du problème de la parité dans les manifestes, les listes électorales et la couverture électorale. La même chose s’applique aux services d’approvisionnement, aux enfants, aux jeunes et à la pauvreté. Compte tenu des défis auxquels l’Afrique du Sud est confronté dans tous ces domaines, c’est à la fois surprenant et décevant”, a jugé Roberts.
D’autres journaux ont essayé de mobiliser les électeurs à travers des sites d’information et des sites participatifs. The Times et Independent Newspapers en sont deux exemples. Même si Roberts souligne qu’en raison du faible niveau d’accès à internet dans le pays, de tels efforts n’ont que peu d’impact. “Le type d’informations publiées sur ces sites a également fixé le ton du débat, un peu comme pour les autres médias. “En fait, une grande partie de ce contenu provenait des journaux imprimés”, a-t-elle précisé.
Globalement, selon Roberts, la couverture des élections a été très largement impartiale.
Zuma a inscrit le développement rural, le renforcement de l’éducation, la croissance économique, la lutte contre le taux élevé de chômage et la pauvreté en tête de ses priorités. La position des médias face à la liste du prochain Président est un peu plus incertaine.
Depuis plus de quinze ans, l’ANC est un devenu un véritable bastion politique dans le pays. Le parti a accompagné la fin de l’apartheid, créé un Etat-providence et plus de deux millions de logements, et lutté pour la liberté de la presse : l’ANC a été l’un des mouvements de libération les plus couronnés de succès, et Zuma est encore associé à cet héritage. Dans le même temps, le pouvoir écrasant du parti a conduit à des abus politiques qui ont débouché sur des affaires de népotisme et de corruption. Récemment, le parti a engagé des changements majeurs suite à une scission liées à des différences gauche-droite et plus fondamentalement, peut-être, à des différences tribales. Tout cela a remis en cause les fondamentaux du parti.
Les problèmes couvent déjà pour les médias. Cette semaine, Zuma s’en est pris au plus grand dessinateur satirique du pays, Jonathan “Zapiro” Shapiro, auquel on réclame 700.000£ de dommages et intérêts. Zuma a réagi aux dessins de Zapiro faisant allusion dans deux journaux hebdomadaires à des affaires sordides auxquelles il est mêlé.
Alors que les deux semaines à venir semblent être gravées dans le marbre, la liberté de Zapiro est menacée. Sur un plan plus général, ce qu’il adviendra de la politique des médias est également incertain.
Il a été question à diverses reprises de la mise en place d’un tribunal des médias par le gouvernement de Zuma, pour remplacer l’autorégulation. Cette annonce a provoqué un tollé parmi les professionnels des médias qui craignent qu’il ne mette en danger la liberté de la presse dans le pays.
Selon Sandra Roberts de Media Monitoring Africa, l’ANC aurait décidé de mettre en suspens son projet de créer un tel tribunal.





