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Lettre d’information n° 21
02.07.08


Un journaliste éthiopien lutte pour obtenir l’asile à l’étranger

En Ethiopie, la situation politique a souvent dicté les activités de la presse privée. Que des tensions éclatent aux frontières avec l’Erythrée ou la Somalie, ou que le gouvernement soit en danger de perdre le pouvoir, la presse a toujours subi les répercussions de ces événements.

Selon Reporters Sans Frontières (RSF), après les élections de 2005 vingt journalistes au moins ont été emprisonnés, et une centaine d’autres professionnels des médias dont 37 journalistes ont fui le pays depuis 2001 en quête de liberté et de sécurité. Daniel Gezahegen, rédacteur en chef du journal de langue amharique Mogad basé à Addis-Ababa, a relaté à RAP 21 ses diverses expériences qui l’ont finalement conduit à se réfugier au Yémen en 2005.

“J’étais alors rédacteur en chef d’un journal bien connu dans mon pays. J’étais un activiste communautaire réputé [en Ethiopie]. Mais avant tout, j’étais un homme libre et digne. Désormais, je suis un réfugié inconnu vivant en pays étranger”, avait confié Gezahegen en 2007 au Yemen Times. Aujourd’hui, la situation du journaliste a empiré face au renforcement des liens entre le Yémen et l’Ethiopie et au peu d’aide apportée par la communauté internationale.

Quand Gezahegen vivait en Ethiopie, il était constamment surveillé par le gouvernement. Il a été arrêté six fois en 2001 pour avoir écrit des articles prétendument erronés et diffamatoires sur le gouvernement et sur les forces aériennes éthiopiennes.

Quatre ans plus tard, alors le parti de l’opposition s’apprêtait à démanteler le régime de Meles Zenawi, Gezahegen a été victime d’une vague de répression brutale contre les partis politiques d’opposition qui s’est étendue à d’autres secteurs comme les organisations de la société civile et les entreprises de médias. La presse de langue amharique dont faisait partie Mogad, a été englobée dans l’opposition dénoncée par le pouvoir. Freedom House a alors rapporté que plus d’une dizaine de publications avaient été fermées, soit 80 pour cent de la diffusion des journaux en langue amharique. Les effets s’en font encore ressentir aujourd’hui, moins de dix journaux paraissant à Addis Ababa, contre 20 en 2005.

Après les élections de 2005, qui avaient été pressenties comme un tournant dans l’histoire de l’Ethiopie, Gezahegen a été placé en détention pendant une semaine. Selon Freedom House, les journalistes ont alors été accusés de trahison, de génocide et de tentative de renversement de la Constitution, autant d’accusations passibles de la peine de mort.

Après sa libération sous caution, il a choisi de quitter le pays avec Tamra Serbesa, un autre journaliste resté partiellement paralysé en 1998 suite aux coups des agents éthiopiens de la sécurité. “Malgré cela, nous avons décidé qu’il valait mieux risquer notre vie et mourir en mer que d’être attrapé par les autorités éthiopiennes”, a dit Gezahegen au Yemen Times. En janvier 2006, Gezahegen et Serbesa sont arrivés par bateau à Aden, au Yémen.

A leur arrivée les deux journalistes ont immédiatement cherché de l’aide auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) à Aden, en sollicitant le statut de réfugié. Ils se sont toutefois heurtés à une série d’obstacles, et Gezahegen a confié à RAP 21 que même deux ans après leur visite initiale, ils n’avaient toujours obtenu aucune aide de l’UNHCR. “Ils refusent de nous répondre. La police du Yémen nous harcèle et nous sommes victimes de discrimination de la part d’une partie de la population locale”, a dit Gezahegen à RAP 21.

Par conséquent, Gezahegen s’est tourné vers les médias pour apporter plus de lumière sur le sort des journalistes réfugiés comme lui. Même si cela peut présenter certains dangers, selon lui. Gezahegen a indiqué notamment à RAP 21 que ce qu’il redoutait le plus, c’était l’extradition. “Chaque fois que nous accordons une interview à la presse locale ou aux stations de radio internationales critiques à l’égard du gouvernement éthiopien, les responsables de l’ambassade éthiopienne nous harcèlent”, a expliqué Gezahegen à RAP 21.

“Il y a un accord politique bilatéral entre le Yémen et l’Ethiopie qui sera renouvelé dans trois mois, aux termes duquel de nombreux réfugiés innocents pourraient être expulsés”, a poursuivi. Avant cela, il avait insisté sur le rôle crucial joué par le Yemen pour accueillir les refugiés des pays de la corne africaine, en raison de la proximité géographique et des similitudes culturelles avec ces pays. Toutefois l’objectif du journaliste aujourd’hui est de rejoindre les Etats-Unis, mais sans l’aide de l’UNHCR, il pense que son projet a peu de chances d’aboutir.

A ces malheurs sont venus s’ajouter des problèmes de santé. Peu de temps après son arrivée au Yémen, on a diagnostiqué chez Gezahegan du diabète et des problèmes rénaux et au foie. “Nous mendions de la nourriture dans les rues en utilisant le langage des signes car nous ne parlons pas arabe”, a déclaré Gezahegen à RAP 21 pour expliquer ce qu’ont été ses huit derniers mois quand il n’avait nulle part où aller. “Les agents yéménites de la sécurité nous ont mis en garde parce que nous vivions dans la rue”, a-t-il souligné.

Les expériences endurées par Gezahegen ces trois dernières années corroborent une déclaration du directeur exécutif du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), Joel Simon : “Les situations difficiles que les journalistes sont prêts à endurer en exil témoignent des conditions désastreuses qu’ils rencontrent dans leur pays d’origine.” En Ethiopie, il y a eu très peu de changement depuis 2005 en termes d’ouverture des médias : la presse privée publiée dans le pays est quasiment défunte et les 100 journalistes exilés suite au tour de vis des autorités vivent toujours à l’étranger.


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