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Lettre d’information N°20
29.08.07


Alertes du Continent


-  Le 24 août 2007, le tribunal militaire de Kinshasa/Matete en République démocratique du Congo a rendu son verdict dans le procès pour meurtre du journaliste Louis Bapuwa Mwamba, condamnant trois des accusés à la peine de mort.

Vungu Mbembo, Nkunku Makwala et Mangwele Lowayi ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs, vol à mains armés, possession illégale d’armes à feu et de munitions de guerre, et assassinat non prémédité. Suami Sumbu, le quatrième inculpé, a été condamné à 20 ans de prison pour possession illégale d’armes à feu et de munitions de guerre.

Le tribunal a rejeté l’accusation de désertion retenue contre Mbembo au prétexte qu’il n’était pas un soldat enregistré dans les forces armées du pays. La cour a également rejeté l’accusation de meurtre pour laquelle les trois accusés étaient poursuivis, les inculpant en échange d’assassinat non prémédité (agression et blessures entraînant la mort sans intention de tuer), au motif que la mort du journaliste n’avait pas été préméditée, car elle résultait d’un coup de feu tiré accidentellement durant l’altercation provoquée par le journaliste qui avait tenté de s’emparer dans l’obscurité de l’arme d’un des accusés.

-  En République Démocratique du Congo toujours, un week-end de répression des médias à Kinshasa a débouché sur l’interrogatoire de quatre journalistes au moins durant plusieurs heures par les services secrets, la fermeture d’une chaîne de TV privée, et la confiscation de l’enregistrement de l’interview d’un chef rebelle.

Stéphane Kitutu O’Leontwa, directeur général CCTV/RALIK (Canal Congo Télévision/Radio Liberté Kinshasa), Thierry Musenepo, directeur général, Christophe Ali, directeur de production, et Tutu Kazadi, adjoint au producteur pour BRTV (Business Radio Télévision), deux stations basées à Kinshasa, ont été arrêtés le 26 août 2007 vers 15h00 (heure locale) par des agents du renseignement congolais.

Le signal de la station BRTV a été brusquement coupé quelques heures avant ces arrestations, les émissions devant reprendre le 27 août. Aucune raison officielle n’a été donnée pour justifier ces mesures.

-  Le 28 août, Reporters Sans Frontières a appelé les autorités du Rwanda à s’expliquer sur l’arrestation et le maintien en détention, depuis le 22 août 2007, de Gérard M. Manzi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire privé rwandais Umuseso, accusé de viol par une jeune fille inconnue alors qu’il dispose d’un alibi confirmé par de nombreux témoins.

Manzi a été arrêté à une station d’autobus par des policiers et des agents de la société de sécurité privée Agespro, le 22 août peu après 22 heures. Le journaliste rentrait chez lui après avoir bu un verre avec des amis au bar Arada, à Kacyiru, une commune de Kigali. Il se trouvait en compagnie d’une jeune fille mineure qu’il s’était inquiété de rencontrer, seule en pleine nuit, quelques instants plus tôt.

"Ce sont des accusations montées de toutes pièces. Après avoir essayé de nous faire taire en nous attaquant pour nos articles et avoir échoué, le gouvernement cherche à nous discréditer en nous faisant tomber l’un après l’autre dans des affaires de droit commun", a déclaré Charles Kabonero, directeur de publication d’Umuseso, interrogé par Reporters sans frontières.

-  Le 21 août 2007, en Sierra Leone, le Procureur Général et Ministre de la Justice Fred Carew a abandonné les poursuites engagées contre Philip Neville, directeur de publication du quotidien privé Standard Times basé à Freetown, qui était inculpé de "publication de fausse nouvelle" pouvant nuire au Président Ahmed Tejan Kabbah. Selon un correspondant de la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), le Président Ahmed Tejan Kabbah a ordonné la suspension du procès, le journal ayant rempli plusieurs des conditions fixées par l’accusation.

Dans son édition du 27 juin, le Standard Times prétendait que le Colonel Muammar al-Kadafi, le président libyen, avait mis le gouvernement dans l’embarras en annonçant lors d’un meeting qu’il avait distribué de l’argent et de la nourriture à la population sierra-léonaise. Selon cet article intitulé, "SCOOP, le colonel Kadafi expose le gouvernement", les Sierra-Léonais avaient été déçus, car le gouvernement avait passé ce geste sous silence. D’après le correspondant, the Standard Times aurait récusé cet article et aurait publié une rétractation dans cinq éditions et sur Internet.

Neville a été inculpé au lendemain de la parution de l’article incriminé en application de la clause 32 et des sous-clauses 2 et 3 de la Loi de 1965 sur l’ordre public, selon lesquelles toute fausse déclaration, rumeur ou rapport pouvant nuire à la réputation de responsables gouvernementaux est passible d’une amende et d’une peine de prison de 12 mois maximum, ou des deux sanctions.

-  Reporters Sans Frontières s’est indignée par l’agression dont a été victime en Tunisie Aymen Rezgui, journaliste de la chaîne de télévision satellitaire privée Al-Hiwar Attounsi, le 24 août 2007, en plein centre-ville de Tunis.

Aymen Rezgui sortait d’une conférence de presse tenue par le Parti démocrate progressiste (PDP) dans ses locaux en plein centre-ville, lorsqu’il a été agressé par une dizaine de policiers en civil. Il a été blessé à la main. Sa caméra ainsi que toutes ses notes ont été confisquées. Le PDP dénonçait la volonté des autorités tunisiennes d’entraver ses activités légales, en particulier le rassemblement des jeunes du parti prévu les 25 et 26 août prochain, en lui interdisant l’accès et l’utilisation des espaces publics.

Le directeur d’Al-Hiwar Attounsi, Tahar Ben Hassine, avait confié récemment à Reporters sans frontières ses craintes quant à une éventuelle agression après la visite les 15 et 16 août 2007 de policiers à son domicile qui avaient interrogé sa femme de ménage.

En Tunisie toujours, l’avocat Mohammed Abbou, spécialiste des droits de l’homme, s’est rendu, le 24 août 2007, à l’aéroport de Tunis-Carthage pour embarquer vers la Grande-Bretagne pour être interviewé par la chaîne satellitaire pan-arabe Al-Jazira. L’avocat, en liberté conditionnelle, a été alors informé par les autorités qu’il était “interdit de voyage”. Selon Me Abbou, qui prévoyait de se rendre à Londres afin d’enregistrer une émission sur la liberté d’expression et les droits de l’homme en Tunisie, dans les studios londoniens de la chaîne satellitaire Al-Jazira, aucune disposition légale ne justifie cette interdiction.

Dans une déclaration faite à l’Agence France-Presse, le 22 août dernier, l’avocat avait révélé ses craintes de ne pas être autorisé à quitter le territoire après qu’une importante somme d’argent, qui lui était destinée pour un prochain déplacement en France, envoyée par l’organisation de défense des droits de l’homme Frontline, via Western union, avait mystérieusement disparu.

-  Le 17 août, le Ministère de la Culture et de la Communication en Mauritanie a annoncé qu’il avait ordonné une enquête sur l’attaque perpétrée le 16 août contre Mohamed Mahmoud Ould EL Moghdad, un journaliste de la radio publique Radio Mauritania, par des gardes du Premier ministre, Zein Ould Zeidene, sur l’ordre de leur supérieur, Zein Ould Soueyedate. Cette enquête, diligentée suite aux pressions des syndicats de journalistes et des groupes de défense des droits de l’homme mauritaniens, a été critiquée par la Fondation des Médias d’Afrique de l’Ouest (MFWA), qui estime qu’elle pourrait mettre les auteurs de l’agression à l’abri de poursuites judiciaires.

Dans un communiqué publié le 24 août, la MFWA a exhorté les autorités à ne pas essayer de protéger les auteurs de cette attaque sous couvert d’une investigation. La MFWA s’est également inquiétée de l’intolérance croissante envers toute critique en Mauritanie. Plusieurs Mauritaniens de haut rang, notamment la femme du Président, des politiciens de l’opposition et des hommes d’affaires, poursuivent les médias en diffamation pour intimider les journalistes et les empêcher d’enquêter et de couvrir les questions d’intérêt public.

-  Le 24 août, Reporters Sans Frontières (RSF) a condamné les nouvelles mesures de censure imposées au Soudan par les autorités à l’encontre de six quotidiens privés arabophones depuis le 19 août 2007. Les services de sécurité tentent ainsi d’étouffer l’arrestation de terroristes soudanais présumés.

Quand huit Soudanais soupçonnés de fomenter des attaques à la bombe contre plusieurs ambassades occidentales ont été arrêtés le 18 août, les services de sécurité ont immédiatement interdit au rédacteur en chef du quotidien Al-Rai Al-Shaab de publier tout article faisant référence à cette affaire, officiellement pour ne pas perturber l’enquête. Kamal Omer, éditorialiste d’Al-Rai Al-Shaab, a rapporté que le 21 août, les services de sécurité ont conditionné la parution du journal au retrait de certains articles. Face au refus de la direction, la totalité des exemplaires ont été confisqués, provoquant une lourde perte financière. Depuis, le quotidien n’a toujours pas pu paraître.

Les cinq autres quotidiens arabophones indépendants victimes de censure sont Al-Soudani, Al-Sahafa, Al-Ayam, Al-Rai Al-Ayam et Hikyat. Les forces de sécurité se sont rendues dans leurs locaux chaque matin avant l’impression afin de faire supprimer certains articles.

-  La santé d’un caméraman Soudanais détenu au camp de Guantanamo, se serait considérablement dégradée, a déclaré le 22 août son avocat, Clive Stafford Smith, après avoir récupéré ses notes auprès des censeurs militaires américains.

Sami Al-Haj, qui est détenu depuis juin 2002, a reçu la visite de Stafford Smith à Guantanamo début juillet, mais ses notes, largement élaguées, ne lui ont été rendues que durant la semaine du 13 août. L’avocat a déclaré que son client souffrait de problèmes intestinaux et qu’il avait perdu 18 kilos depuis le début de sa grève de la faim, en décembre. Le porte-parole de Guantanamo, Rick Haupt, a contesté la version de Smith, disant qu’Al-Haj avait un poids "idéal."

Stafford Smith a précisé que la santé mentale de son client avait également empiré. Il a ajouté que Al-Haj avait des difficultés à se concentrer et à s’exprimer en anglais lors de leur rencontre. Il a semblé par ailleurs très inquiet et en proie à des accès de paranoïa, craignant notamment de mourir si sa situation ne s’améliorait pas. Se référant au décès de quatre prisonniers en un an seulement des suites d’une grève de la faim et d’une alimentation forcée, Al-Haj a dit qu’il craignait pour sa survie.

Sources des alertes :

Freedom of Expression Institute (FXI)
Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)
Human Rights Watch
Journaliste en danger (JED)
Reporters Sans Frontières


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