Quand le gouvernement du Liberia a révoqué le 27 février la license du journal The Independent après la parution de photos compromettantes du ministre des Affaires Présidentielles, cette mesure a déclenché un tollé chez les défenseurs de la liberté de la presse. Malgré la levée de cette interdiction le 30 mai, The Independent est toujours en prise à des difficultés, frappé de plein fouet par les conséquences financières de cette suspension.
“Cette interdiction de publication nous a considérablement endettés”, a confié à RAP 21 Sam Dean, l’éditeur du journal. “Et l’économie du pays est en trop mauvaise posture pour que nous puissions emprunter aux banques, ce qui n’arrange rien. Les banques ont même été politisées et refusent à présent de prêter de l’argent aux journaux qui critiquent le pouvoir, et en toute franchise, nous avons besoin de fonds pour pouvoir surmonter ces nouvelles difficultés et survivre.”
The Independent avait publié le 20 février des photos montrant le ministre libérien des Affaires présidentielles, Willis Knuckles, avoir des relations sexuelles avec deux femmes. Une semaine après, le gouvernement révoquait la licence de publication du journal, la police fermait ses bureaux, et le Ministre de l’Information, Laurence Bropleh ordonnait au monde des affaires de ne plus placer d’annonces publicitaires dans le titre.
Malgré la démission et les excuses présentées par Knuckles après la publication de cet article, l’adjoint au Procureur général Tiawan Gongloe et le Colonel Stephen Zoegazor avaient alors déclaré que Dean était “recherché et avait pris la fuite.” Victime de harcèlement policier et de menaces de mort, l’éditeur était entré dans la clandestinité.
Face aux protestations de la communauté internationale, Bropleh a finalement annoncé la levée de la suspension du journal dans un discours prononcé devant les journalistes, le 30 mai 2007, à Monrovia. Plaidant pour le gouvernement, Bropleh a déclaré que la révocation de la licence du journal était conforme au mandat du ministère de l’information d’être un organe de régulation des médias et d’appliquer la politique gouvernementale sur toutes les questions affectant la communication dans le pays, mais il a promis que le gouvernement continuerait d’oeuvrer en faveur de la liberté de la presse au Liberia.
Dans sa décision, le tribunal a accédé à la requête du journal, mais il a manqué de sanctionner le gouvernement. “En raison de la levée de cette suspension, le tribunal n’a pas jugé bon d’exiger du gouvernement qu’il verse des dommages et intérêts au journal pour le préjudice subi pendant les six mois de sa fermeture”, a déploré Dean.
Pour le conseiller juridique du journal, Maître Serius Cephas, la décision du gouvernement de lever l’interdiction du journal n’est qu’une mascarade. Il a confié au Center for Media Studies & Press Building (CEMESP) que le journal réclamait la justice et non des excuses, commentant l’ironie d’une situation où c’est le gouvernement - l’accusé - qui accorde son pardon, et non le plaignant, The Independent.
L’éditeur libérien a ajouté que la suspension du journal et le procès qui s’en est suivi ne sont qu’une nouvelle illustration des attaques du gouvernement contre la presse qui, selon lui, se multiplient.
“Les menaces adressées aux médias surgissent graduellement sous toutes les formes. Les grands titres des journaux sont passés à la loupe dans les imprimeries par la sécurité de l’état, nous sommes indirectement menacés par des amis du gouvernement après la controverse suscitée par notre dernier article, et la publicité est utilisée comme une arme”, a conclu Dean.





