Le gouvernement nigérien maintient toujours en détention provisoire Mamane Abou et Oumarou Keita, respectivement directeur général et rédacteur en chef du quotidien “Le Républicain,. Les deux hommes, arrêtés le 4 août, sont accusés de publication de fausses nouvelles et de diffamation de l’Etat. Ils risquent chacun 18 mois de prison et 70 000 francs CFA (110 euros) d’amende si leur culpabilité est établie.
Les accusations portées contre eux seraient liées à la publication d’un article intitulé “Hama quitte l’Occident pour l’Iran”, dans le numéro 27 du “Républicain”. L’article incriminé accuse le gouvernement nigérien de renforcer ses liens diplomatiques avec l’Iran et le Venezuela au détriment des liens établis avec les pays occidentaux. Leur arrestation fait suite à une plainte déposée par le Premier ministre, Hama Amadou, cité dans cet article.
Les deux accusés prétendent qu’en réalité, le gouvernement les punit pour avoir publié dans “Le Républicain” une série d’articles en avril de cette année. Ces enquêtes sur le financement de l’enseignement primaire au Niger apportaient apparemment des preuves de malversations et de détournements de fonds pour le compte du gouvernement. Elles avaient abouti à un audit des donateurs étrangers et au limogeage consécutif des ministres de la santé et de l’éducation, soupçonnés de corruption.
Les deux journalistes ont été jugés par un tribunal régional de Niamey le 14 août. Le procureur a requis une peine de dix huit mois de prison et 70 000 francs CFA (110 euros) d’amende pour chacun des accusés : 12 mois de prison et une amende de 50 000 francs CFA (80 euros) chacun pour publication de “fausses” nouvelles, assortis de six mois de prison supplémentaires et une amende 20 000 francs CFA (30 euros) chacun pour diffamation.
Leurs avocats, Moussa Coulibaly et Souley Omarou, ont quitté le tribunal durant l’audience, boycottant un procès entaché d’irrégularités judiciaires, selon eux. Ils ont remis en doute la légalité du procès, dans lequel aucun témoin n’a été cité à comparaître. Ils ont également questionné la neutralité du juge Chaibou Moussa, qui présidait le procès. Moussa avait déjà présidé en 2003 une affaire dans laquelle Mamane Abou avait été condamné à six mois de prison pour diffamation, un verdit annulé ensuite par une cour d’appel.
Les deux avocats craignent pour la sécurité de leurs clients, qui ont été placés en détention provisoire dans des prisons séparées loin de la capitale Niamey, hors de la juridiction administrative du tribunal. Ils y resteront jusqu’à ce que le tribunal se réunisse de nouveau le 1er septembre, date à laquelle un verdict sera rendu.





