Les difficultés économiques ont affecté le pouvoir d’achat des consommateurs au Cameroun, menaçant directement les journaux distribués dans le pays. Dans ce contexte difficile, un entrepreneur a entrevu une opportunité : lancer un journal gratuit sur le marché. RAP 21 s’est entretenu avec Pierre Jules Njawe, l’éditeur de "Message d’Afrique", le premier journal gratuit d’information général du pays.
RAP 21 : Pourquoi avez-vous décidé de lancer un journal gratuit ?
Njawe : Au Cameroun, la situation économique se dégrade de jour en jour. Un
journal coûte 300 francs CFA (0,54 US$ environ) et le revenu journalier par
habitant est inférieur à 800 francs CFA (1,50 US$), si bien que le lecteur
ne peut pas s’acheter tous les jours un journal pour s’informer. En outre,
les Camerounais ont un faible pour tout ce qui est gratuit puisque ça leur
évite des dépenses. Après avoir fait cette analyse, je me suis demandé
pourquoi ne pas publier un journal qui viserait les lecteurs potentiels qui
ne peuvent pas, ou ne veulent pas payer pour s’informer. J’ai essayé de
concevoir un produit adapté à l’environnement actuel et aux besoins des
lecteurs potentiels.
RAP 21 : Combien de temps a-t-il fallu pour planifier le lancement du
journal ?
Njawe : J’ai étudié longtemps le caractère du marché de l’information en
général, et l’environnement dans lequel la presse camerounaise évoluait en
particulier. Il m’a fallu toutefois beaucoup de temps pour lancer le journal
car j’étais encore étudiant pendant le processus de planification. Le
lancement effectif du journal a pris six mois, et la première édition de
"Message d’Afrique" a vu le jour en décembre 2005.
RAP 21: Comment distribuez-vous le journal ?
Njawe : Le journal est distribué dans tous les endroits publics :
restaurants, hôtels, grands magasins et marchés. Nous avons des dépositaires
et des hôtesses qui le distribuent un peu partout. La distribution est
cruciale pour un journal gratuit, et je vais donc continuer à la développer
avec mes partenaires.
RAP 21 : Quelle stratégie utilisez-vous pour attirer les annonceurs ?
Njawe : Le taux de vente des journaux baisse au Cameroun, ce qui signifie
que les annonceurs s’en désintéressent car ils ne sont pas sûrs d’atteindre
leur audience cible. Ma stratégie pour attirer les annonceurs est donc
simple : leur faire comprendre qu’en utilisant mon journal comme support,
ils toucheront leur audience cible où qu’elle soit.
RAP 21 : Quelle a été la réaction des annonceurs quand le journal est sorti
?
Njawe : Nos principaux annonceurs ont été satisfaits jusqu’ici, mais il
faudra du temps pour fidéliser aussi bien les annonceurs que les lecteurs.
Je compte attirer beaucoup plus les secteurs qui ont pour cible la
consommation de masse. comme l’industrie des télécoms et celle des produits
alimentaires. Mais en plus des principaux secteurs publicitaires, j’aimerais
attirer également les petits commerçants qui ont des biens à vendre ou qui
veulent promouvoir leurs activités.
RAP 21 : Etes-vous la première publication gratuite au Cameroun ?
Njawe : Non, je ne suis pas le premier gratuit sur le marché de la presse
camerounaise, mais je suis le premier journal gratuit d’information général.
Les autres publications gratuites sont consacrées principalement aux petites
annonces ou à la publicité.
RAP 21: Comment le public a-t-il réagi face à "Message d’Afrique"?
Njawe : La réaction initiale du public a été très positive. Mais seul le
temps dira si cet intérêt initial nous amènera des lecteurs à long terme.
Nous ferons de notre mieux pour accrocher le public. Pour l’instant, je n’ai
pas encore lancé de campagne promotionnelle, mais nous en reparlerons le
moment venu !
RAP 21 : Quel est le plus grand défi que vous avez dû relever ?
Njawe : L’aspect le plus difficile du lancement de "Message d’Afrique" a été
initialement d’attirer des annonceurs. Compte tenu des contraintes
économiques actuelles au Cameroun, la presse risque de continuer à souffrir
de ce problème. L’impression a également été problématique. Si vous n’avez
pas d’argent, vous ne pouvez pas imprimer, ce qui n’est pas évident quand
vous venez de lancer une publication.
RAP 21 : Quel conseil donneriez-vous à ceux qui veulent lancer ce type de
publication ?
Njawe : Le conseil que je leur donnerais est de bien étudier le marché à
l‘avance. Il faut aussi absolument prévoir un budget de fonctionnement d’au
moins un an. Enfin, il faut surtout croire à son projet !
Notre périodicité est mensuelle pour le moment, mais notre objectif est de devenir bimensuel ou même hebdomadaire. Il faudra du temps pour cela, mais je suis sûr que nous y parviendrons !
D’autres infos sur "Message d’Afrique": La distribution moyenne du journal est de 15 000 exemplaires par édition. Le nombre de pages varie en fonction des pages publicitaires. Jusqu’ici, les éditions ont fluctué entre 8 et 16 pages. Le journal emploie trois personnes à la rédaction.





