Avec une augmentation annuelle de ses ventes de 21 pour cent depuis son lancement il y a trois ans, le journal en langue zoulou "Isolezwe" est l’un des titres les plus prospères aujourd’hui en Afrique du Sud. Même s’il traite de la vie quotidienne dans une langue locale, Isolezwe s’est taillé la réputation d’être proche de ses lecteurs et de les estimer.
RAP 21 a essayé avec le rédacteur en chef du titre, Thulani Mbatha, d’identifier les facteurs à l’origine de ce succès.
La langue
Le fait qu’Isolezwe soit publié en zoulou est le facteur qui a le plus contribué à son succès (note explicative sur cette langue à la fin de l’article). Les Zoulous sont très fiers de leur langue et de leur culture. Même si beaucoup de lecteurs d’Isolezwe sont capables de lire des journaux anglais, ils préfèrent lire en zoulou en raison de la richesse du langage, et parce que cela les relie à une identité dont ils sont fiers.
L’attitude
Un autre atout d’Isolezwe est son attitude. Mbatha se souvient de ce qu’un lecteur a déclaré à propos du journal : "Il a dit qu’Isolezwe reflète ce qui se passe aujourd’hui, qu’il est proche du public. Ses articles traitent de sujets qui affectent notre vie quotidienne." Le journal fait également de son mieux pour adopter une ligne éditoriale neutre. Mbatha explique qu’un de ses principaux concurrents, qui est sur le marché depuis beaucoup plus longtemps, a perdu une grande partie de sa crédibilité parce qu’il soutenait un parti politique. "Nous sommes neutres politiquement. Il est difficile de montrer les deux aspects d’une question, mais c’est pour nous une priorité."
L’équipe
Un autre facteur qui justifie le succès du journal est son équipe. Mbatha explique que ses journalistes ont tous grandi dans la communauté zouloue. "Ils comprennent les besoins et les aspirations des lecteurs, et cela les rapprochent d’eux."
Le contenu
"En ce qui concerne le contenu, il y a très peu de différences entre Isolezwe et les journaux grand public d’Afrique du Sud. Toutefois, même si nous traitons souvent des mêmes questions que les autres journaux, nous essayons d’aborder l’information d’un point de vue zoulou", dit Mbatha. Les articles qui marchent le mieux sont de loin ceux qui sont consacrés au football, le sport national du pays. Chaque fois qu’il y a un match, on constate clairement une hausse des ventes. Une autre rubrique très populaire est celle qui est consacrée aux traditions culturelles zouloues. "Certaines traditions ont été oubliées, si bien que les lecteurs apprécient de les redécouvrir", poursuit Mbatha. Isolezwe couvre également largement les nouvelles locales. "C’est un journal moderne, qui reflète ce qui se passe aujourd’hui. Nos articles parlent de la vie de tous les jours", ajoute Mbatha.
Les femmes
Même si Isolezwe n’est pas destiné aux femmes en particulier, les articles qui leur sont consacrés ont une grande importance pour celui-ci. Entre 40 et 45 pour cent des lecteurs sont des femmes - probablement grâce aux efforts importants consentis par le journal pour traiter des sujets qui les préoccupent. "Tous les jeudis, nous publions un supplément féminin, qui examine notamment comment les femmes peuvent développer leurs droits. La société est traditionnellement très patriarcale, et il y a actuellement une énorme pression de la part des femmes pour accéder à la parité." Les femmes contribuent également fortement à fidélisation du lectorat. "Les femmes sont des personnes dignes de confiance, elles sont plus loyales que les hommes. Une fois que vous les avez conquises, elles vous restent fidèles, alors que les hommes peuvent changer du jour au lendemain - par exemple si un autre journal publie un article sur le football", remarque Mbatha.
Les annonceurs
Le succès du journal auprès des lecteurs a suscité l’intérêt des annonceurs. "Il y a trois ans, les annonceurs étaient très sceptiques, ils nous jaugeaient. Mais à présent, ils sont beaucoup plus intéressés. Du coup, les revenus publicitaires du journal progressent régulièrement.”
Un avenir brillant
Même si Mbatha sait que le point de saturation sera atteint un jour ou l’autre, il dit que le journal continue de se développer à un rythme régulier. "Quand les tendances changeront, toutefois, nous devrons être plus habiles pour que le journal puisse continuer à prospérer." Isolezwe nourrit plusieurs projets d’expansion pour l’avenir. L’un des principaux est de proposer une couverture nationale, un autre est de produire de nouveaux suppléments. La success story se poursuit.
Le zoulou
Le zoulou est parlé par environ 9 millions de personnes principalement dans la province de KwaZulu-Natal en Afrique du Sud et également au Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique et Swaziland. Le zoulou est la langue la plus répandue en Afrique du Sud et elle est devenue l’une des 11 langues officielles du pays à la fin de l’apartheid. Il s’agit d’une langue composite appartenant au sous-groupe des langues nguni dans la famille des langues africaines. Une de ses caractéristiques les plus distinctes est l’utilisation de consonantes qui “claquent”. Elle la partage avec plusieurs autres langues sud-africaines, mais est presque unique à la région.
Pour visiter le journal, allez sur : http://www.isolezwe.co.za/





