En République Démocratique du Congo, la plupart des journaux indépendants sont confrontés à de graves difficultés financières. Le Phare est l’un d’entre eux. Polydor F. Muboyayi Mubanga, directeur de publication, a expliqué à RAP 21 comment son journal essayait de survivre dans un pays qui connaît une très forte instabilité depuis 1991.
C’est de cette époque que date l’effrondement politique et financier du pays, avec des conséquences désastreuses pour les journaux comme pour les marchés publicitaires. Quantité de gens ont perdu leur emploi.
"Notre première idée, pour comprimer les coûts de production, a été de réduire le nombre de pages et la diffusion. En 1990, notre journal comportait 28 pages. Puis nous sommes passés successivement à 24, 20, 16, et 12 pages, jusqu’à atteindre 8 pages en 1997. C’était la limite finale : un journal ayant moins de 8 pages n’est plus un journal. Parallèlement, nous avons été obligés d’augmenter le prix du titre, qui est passé d’un demi dollar américain à l’époque à un dollar aujourd’hui. N’oublions pas que nous exigeons un tel prix dans un pays où le chômage sévit en masse et où les salaires sont extrêmement bas. Nous perdons progressivement notre unique raison d’être : les lecteurs", déplore M. Mubanga.
Un autre problème, courant en Afrique, est que les gens ne paient pas pour lire le journal. Ou bien ils se réunissent autour de "points de lecture" où les journaux sont affichés ou étalés sur le sol pour ceux qui veulent les lire gratuitement, ou bien ils louent les journaux pour une petite somme, un accord qui ne profite qu’au vendeur. Une autre façon de ne pas payer est d’acheter des photocopies du journal, un procédé qui bénéficie là encore à la personne qui fait les copies, et non au journal.
"En même temps, ces personnes font aussi partie de nos lecteurs. Elles ne demandent qu’une chose : avoir assez d’argent pour acheter un journal qu’elles pourront lire tranquillement à la maison. Cela serait possible, si le prix du journal diminuait. Le problème est que le gouvernement ne fait rien pour nous aider à y arriver. Il existe bien des lois qui permettent aux journaux de réduire leurs coûts de production, mais aucune d’entre elles n’est appliquée, peut-être parce que les autorités ne veulent pas faciliter le travail de la presse indépendante", regrette M. Mubanga.
Les employés du Phare ont décidé de poursuivre leur lutte. Même si le personnel a été considérablement réduit au fil des années, l’équipe qui est aujourd’hui derrière le titre est étroitement liée.
"Il y a une grande solidarité parmi nous. Nous n’achetons que les équipements absolument nécessaires, comme les ordinateurs. Je fais tout mon possible pour éviter la disparition du Phare."





