Le rapport “World Press Trends 2005” (Tendances mondiales de la presse 2005), publié lors du 58ème Congrès annuel des Journaux de l’AMJ à Séoul, indique une augmentation du tirage et des revenus publicitaires dans l’industrie mondiale de la presse en 2004. Durant cinq semaines, dans le cadre d’une édition spéciale, RAP 21 publie des données du rapport relatives à l’Afrique et s’entretient les dirigeants de certains des journaux les plus dynamiques du continent au sujet des tendances dans leurs marchés et leurs opinions concernant l’avenir de l’industrie de la presse.
L’industrie de la presse au Burundi
Avec une population de 7,3 millions d’habitants, le Burundi a un PIB de 4 milliards de US$, et un PIB par habitant de 600 US$. C’est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Le contexte politique a longtemps été très instable en raison des rivalités qui opposent les deux principales ethnies du pays, les Hutus et les Tutsis, et de l’implication du pays au génocide de 1994 au Rwanda. Opérant dans un climat politique agité, les médias burundais sont soumis à l’autocensure et à la censure occasionnelle du gouvernement. Divers points de vue politiques trouvent, toutefois, à s’exprimer et il existe une presse indépendante. Un pas important vers une plus grande liberté de presse a été franchi avec l’application d’une nouvelle législation sur la presse en 2003, supprimant notamment la nécessité pour les journaux de faire viser leurs articles par le gouvernement avant publication.
On trouve très peu d’entreprises de médias au Burundi. Fin 2004, on recensait six publications hebdomadaires privées et huit bulletins d’information publiés sur internet et par fax. L’unique journal quotidien appartient au gouvernement. Ce dernier dirige également la seule chaîne de télévision, et la seule station de radio ayant une couverture nationale. Les tirages sont restreints et le lectorat limité par le faible niveau d’alphabétisation (51,8 %), la radio étant donc la principale source d’information pour de nombreux Burundais.
Les observateurs internationaux restent très critiques vis-à-vis du bilan du Burundi en matière de liberté de presse. Le gouvernement suspend et ferme souvent des entreprises de presse. L’Institut International de Presse (IPI) parle dans son rapport 2004 "de cas récurrents de censure depuis les lois sur la presse de 2003, et de problèmes persistants pour les journalistes qui couvrent les questions sensibles."
Le Renouveau
Le journal gouvernemental "Le Renouveau" est l’unique quotidien du pays, avec un tirage moyen de 2 500 exemplaires en 2004. RAP 21 s’est entretenu avec son éditeur, Thaddée Siryuyumunsi, au sujet des nouvelles tendances et des résultats de son journal au cours de l’année écoulée.
"Notre titre a connu une hausse de son tirage en 2004. Le nombre d’exemplaires vendus a augmenté de 200 entre 2003 et 2004. Cette augmentation s’explique par la collaboration que nous avons avec le Secrétariat exécutif permanent de lutte contre le sida (CNLS) qui prend en charge une partie de la distribution. En effet, grâce à la collaboration de la distribution, notre journal atteint aujourd’hui toutes les régions du pays."
Comme dans beaucoup d’autres pays africains, le nombre de gens contaminés par le sida est élevé au Burundi, plus de 6% de la population étant aujourd’hui infectée par le virus (soit 250 000 personnes). En réaction à cela, le CNLS et “Le Renouveau” se sont unis pour améliorer l’information sur le SIDA/VIH dans le pays. En échange du soutien apporté par le CNLS dans la distribution du journal, “Le Renouveau” consacre deux pages par semaine à des articles sur la pandémie. "Ces articles visent à amener la population à prendre conscience de la situation épidémiologique du VIH/SIDA, à promouvoir les droits des personnes qui vivent avec la maladie et faire connaître les diverses activités réalisées ou en cours de réalisation au niveau du Gouvernement et d’autres partenaires pour lutter contre le SIDA."
Un autre facteur qui explique l’augmentation de la diffusion du Renouveau est la parution désormais très régulière du journal. Avant que Siryuyumunsi ne prenne la direction du journal il y a plus de deux ans, cela n’était pas le cas, “il y avait souvent des problèmes avec l’imprimeur, on manquait de matériel informatique, des fois le journal n’était pas publié, ou ne sortait que trois fois par semaine. Par conséquent, il était difficile de fidéliser les lecteurs," explique Siryuyumunsi.
De plus, en 2004, l’équipe de journaliste a été modifiée. "La même équipe travaillait pour “Le Renouveau” depuis quinze ans, et elle n’avait plus tellement le cœur à l’ouvrage. La nouvelle équipe est beaucoup plus dynamique", constate Siryuyumunsi.
La seconde tendance majeure observée en 2004 dans les journaux a été l’augmentation des revenus publicitaires.
La publicité joue un rôle crucial pour Le Renouveau. "Depuis cinq ans, tous les revenus proviennent de la publicité De plus, la moitié du contenu de notre journal est consacré à la publicité", souligne Siryuyumunsi. Les principaux annonceurs sont des entreprises locales et des organisations non-gouvernementales.
Quand on l’interroge sur la censure et les éventuelles limites que son journal s’impose en raison des liens étroits qui l’unissent au gouvernement, Siryuyumunsi répond : "Quand j’ai repris la direction du Renouveau, j’ai dit aux journalistes qu’ils devaient être responsables et qu’il n’y avait pas de place pour l’autocensure dans le journal."
En ce qui concerne l’avenir de son journal, Siryuyumunsi est optimiste, même s’il reconnaît que "notre survie est un défi. Mais nous ne pouvons pas échouer, et nous devons renforcer notre présence sur le marché."





