Malgré des obstacles quotidiens, tels quun faible pouvoir dachat et un marché publicitaire embryonnaire, lhebdomadaire rural l’Etoile de la Menoua continue de lutter pour que la culture de la presse se développe au Cameroun.
Je dirais que ma décision de lancer un journal rural est venue principalement du fait que je suis issu dun milieu rural. Peu de journaux sattardent véritablement sur les événements qui ont lieu dans les campagnes. Je voulais mettre en vedette le vie de mes frères et de mes surs, explique Jean Robert Mbané, le rédacteur en chef de ce quotidien de langue française.
Pour lui, un journal rural a un profile très spécifique : Un journal rural couvre rarement les vies passionnantes des ministres et des autres membres du gouvernement ; il donne rarement des informations sur le cinéma ou les potins sur les célébrités. Il parle de la difficulté de vivre des populations rurales, de leurs joies et de leurs luttes communes. Par conséquent, son journal consacre 60 pour cent de ses pages aux nouvelles rurales, 20 pour cent aux sports, 10 pour cent à létranger et 10 pour cent à des informations diverses. Il contient seize pages et est imprimé en noir et blanc. Trois personnes sont employées à plein temps par la rédaction.
Même sil croit en la nécessité dune presse rurale, Mbané reconnaît que labsence dun véritable pouvoir dachat dans les zones rurales soppose à son succès. Les gens de la campagne sont parfois trop pauvres pour pouvoir acheter un journal qui coûte 300 francs CFA (0,05 US$ environ). On ne peut pas vendre autant de journaux ruraux que de journaux urbains. Bien que le journal soit hebdomadaire, il ne paraît parfois quune fois par mois en raison de contraintes financières. La difficulté dattirer des annonceurs sur un marché où la publicité est quasi inexistante reste le principal défi à la survie : Vous devez avoir un lien particulier avec les annonceurs potentiels damitié ou de famille - ou bien avoir la même religion ou appartenance politique pour recevoir une annonce. Nous recevons par exemple des annonces dune entreprise locale car lhomme qui dirige cette entreprise appartient à notre tribu, explique Mbané.
Mbané ne connaît pas le nombre exact de personnes qui lisent sa publication. Le journal na jamais mené détude daudience, mais à la fin de lannée, il publie néanmoins les noms de ses lecteurs les plus en vue et de certains abonnés pour essayer dattirer davantage daudience. La régularité dimpression est un autre problème. Nous faisons appel à différentes imprimeries en choisissant celles qui nous offrent les meilleurs tarifs à ce moment-là. Nous sommes fidèles à un distributeur, toutefois. Notre journal est distribué par Messapresse, un distributeur privé qui couvre lensemble du pays. Notre politique consiste à essayer dêtre largement distribués dans lensemble du pays. La concurrence est particulière pour les publications rurales, la plupart de nos concurrents étant des journaux qui couvrent la vie de certaines tribus, plutôt que des publications généralistes ou internationales.
Malgré ces obstacles, Mbané est résolu à amener linformation à ses lecteurs ruraux : Les gens des villages doivent être informés de ce qui se passe dans le monde. Daprès les statistiques, entre 60 et 70 pour cent des Camerounais vivent en zone rurale. Si linformation narrive pas à atteindre tous ces gens, ils seront perdus car le monde devient de plus en plus un village global. Aujourdhui beaucoup de jeunes, après avoir été un moment au chômage dans les villes, reviennent dans leur village et, sils ne sont pas informés, ils perdront tout contact avec le reste du monde.





