Il y a dix huit mois, Ibrahim Karim Sei, le directeur de la rédaction du Standard Times en Sierra Leone, a fait part à RAP 21 de ses efforts pour reconstruire son journal un an et demi après la fin de la longue guerre civile qui a déchiré le pays pendant onze ans. Parmi les projets ambitieux que nourrissait le journal figurait celui de créer un solide réseau de distribution, de lancer des initiatives pour attirer les annonceurs et de développer des stratégies pour augmenter la diffusion. Dix huit mois après, le directeur de la rédaction explique à RAP 21 où en sont ces projets.
RAP 21 : Comment la situation du journal a-t-elle évolué depuis notre dernier entretien en 2003?
Ibrahim Karim Sei : Pour être tout à fait franc, la situation ne sest pas améliorée comme nous lespérions. Nous essayons toujours de nous remettre de plusieurs années de guerre. Le chômage est toujours très élevé et léconomie encore jeune. Nous étions exagérément optimistes en 2003, nous comptions sur une reprise rapide et nous attendions des investisseurs. Aujourdhui encore, beaucoup de gens ne peuvent pas se permettre dacheter un journal.
RAP 21 : Réussissez-vous toujours à assurer une publication quotidienne ?
Ibrahim Karim Sei : Oui, toutefois, la difficulté doffrir une parution régulière reste la même : nous souffrons toujours dun manque de papier et de coupures de courant. Nous avons réussi à conserver nos lecteurs et nos annonceurs en préservant la qualité du journal.
RAP 21 : Quels sont les plus grands problèmes que rencontrent les journaux aujourdhui en Sierra Leone ?
Ibrahim Karim Sei : Le marché de la presse est très concurrentiel. Une douzaine de journaux environ se disputent les lecteurs à Freetown, et la diffusion hors de la capitale est très faible. Les stations de radio dominent dans les zones rurales.
RAP 21 : En 2003 votre journal diffusait en moyenne à 2000 exemplaires par jour. Est-ce toujours le cas ?
Ibrahim Karim Sei : La diffusion na pas bougé. Nous avions estimé pouvoir imprimer environ 5000 exemplaires au bout dun an. Cela nétait pas très réaliste. Les gens ne peuvent pas acheter de journaux en raison du coût élevé de la vie. Entre 2000 et 2002 nous avons publié une édition internationale, qui était distribuée à Banjul en Gambie, aux Etats-Unis et en Angleterre. Sa diffusion était denviron 2 000 exemplaires. Toutefois, il est devenu trop difficile de collecter largent des exemplaires vendus, et nous avons du y mettre fin.
RAP 21 : En 2003, 90 pour cent des revenus du Standard provenaient de la publicité. Cela a-t-il changé ?
Ibrahim Karim Sei : Ce chiffre est resté le même. De temps en temps, nous accordons des réductions pour attirer de nouveaux annonceurs, et nous offrons également des doubles pages de publicité aux nouvelles sociétés, et réalisons des publireportages pour promouvoir les nouvelles entreprises commerciales.
RAP 21 : Comment votre projet initial détablir un plus vaste réseau de distribution en dehors de la capitale a-t-il progressé ?
Ibrahim Karim Sei : Le mauvais état des routes et labsence de tout système de distribution organisé continuent dêtre des obstacles majeurs à lexpansion. Les communautés rurales locales se sentent plus proches de leurs stations de radio que des journaux. Les stations de radio tendent à se focaliser sur les questions locales et sont animées par des personnalités locales. Elles diffusent également dans les langues vernaculaires alors que tous les journaux en Sierra Leone paraissent en anglais uniquement. Lillettrisme est un autre élément du problème.
RAP 21 : Vos infrastructures dimpression se sont-elles améliorées depuis 2003 ? Ibrahim Karim Sei : Globalement, on peut dire que la situation est meilleure. Nous avons aujourdhui deux sites dimpression : un établi il y a deux ans par une ONG canadienne, et un autre appartenant officiellement jusqualors à un homme politique mais qui vient dêtre acheté par un journaliste. Lan dernier, la direction de limprimerie canadienne a été confiée à un Conseil dadministration local, dont je fais partie. Ce Conseil comprend actuellement 13 membres locaux, et nous essayons de porter ce nombre à 15 membres. Limprimerie imprime à présent six journaux, des quotidiens pour la plupart.
RAP 21 : Le Conseil dadministration a-t-il des projets de développement pour limprimerie ? Ibrahim Karim Sei : Le Conseil essaie dacquérir une machine lithographique y compris un Plate Maker. Grâce à cela, la presse pourra imprimer dautres journaux locaux et travailler pour des entreprises commerciales.
Pour lire le premier interview dIbrahim Karim Sei, visitez : http://www.rap21.org/article1787.html





