Depuis quelques mois, une des publications indépendantes les plus respectées du Cameroun, Le Messager, est passé au quotidien. Lenjeu est important pour une des voix les plus courageuses dAfrique Centrale. RAP 21 a parlé à son rédacteur en chef, Pius Njawe.
RAP 21 : Pourquoi avez-vous pris la décision de passer dun tirage tri-hebdomadaire à un tirage quotidien ?
Pius Njawe : Plusieurs raisons expliquent notre passage au quotidien: d’abord il s’agissait pour nous de réaliser une promesse longtemps faite à nos lecteurs; c’est en effet depuis la célébration du 15è anniversaire en 1994 que nous avions promis de rendre Le Messager quotidien. Malheureusement, la censure préalable et plusieurs formes de répression faisaient des ravages dans la presse camerounaise, ce qui ne nous autorisait pas un tel risque. Nous avons envisagé ce changement plusieurs fois depuis, mais à chaque fois nous avons connu des contingences qui nous ont empêché de faire le saut final. L’autre raison, c’est que face à la situation financière de plus en plus précaire du journal inhérente à un environnement économique morose, nous avons pensé qu’en multipliant notre production hebdomadaire tout en maintenant les charges de fonctionnement, nous pourrions dégager un gain supplémentaire qui nous permettrait de colmater quelques brèches.
RAP 21 : Avez-vous remarqué une augmentation de la diffusion depuis votre décision de passer au quotidien ?
Pius Njawe : Non, en fait la diffusion a légèrement baissé la première semaine, qui peut s’expliquer par le fait que les lecteurs ont été pris quelque peu de court. Mais dès la deuxième semaine, les ventes se sont stabilisées. Donc ce sont les deux jours de parution supplémentaires qui constituent en fait l’augmentation de la diffusion.
RAP 21 : Comment vos lecteurs ont-ils réagi au fait que Le Messager soit devenu quotidien ?
Pius Njawe : Nous avons reçu beaucoup de réactions positions positives de nos lecteurs; il faut dire que beaucoup avaient déjà fini par ne plus y croire, mais désormais ils se disent contents de pouvoir lire leur journal chaque jour !
RAP 21 : Le nombre de pages du Messager a-t-il diminué quand vous êtes passé au quotidien ?
Pius Njawe : Même du temps où Le Messager était tri-hebdomadaire, sa pagination oscillait entre 12 et 16, dépendamment du volume de publicité que nous avions. Aujourd’hui encore, cela reste valable: chaque fois que nous avons quatre pages de pub (cela n’arrive malheureusement pas très souvent), nous passons à 16 pages. Encore que de temps en temps, lorsque nous sommes bousculés par l’actualité, nous offrons 16 pages à nos lecteurs.
RAP 21 : Pensez-vous que les annonceurs seront plus intéressés par lachat despace publicitaire maintenant que Le Messager est devenu un quotidien ?
Pius Njawe : La situation économique générale du Cameroun rend le revenu publicitaire des journaux assez précaire; de plus, la publicité ici de se donne pas toujours en fonction de l’impact du support, mais selon la tendance idéologique du journal. Aussi, notre indépendance nous éloigne d’office de nombreux annonceurs, notamment des société à capitaux publics, des institutions gouvernementales ou des privés qui n’apprécient pas la liberté de ton que nous avons. Il est de ce fait difficile de savoir si le passage au quotidien augmentera nos recettes publicitaires.
RAP 21 : Enfin, comment avez-vous fait face à laugmentation du flux de travail pour votre personnel à présent que votre journal paraît plus fréquemment ?
Pius Njawe : Déjà comme tri-hebdomadaire, le travail était important; il nous a suffi de quelques réajustements au niveau de l’organisation, pour que les choses se mettent en place. Nous avons évité de nouveaux recrutements de peur d’augmenter les charges, et nous attendons de voir, durant les premiers mois, comment les choses vont évoluer, pour récompenser les efforts supplémentaires déployés par le personnel actuel.





