Patrick Bakwa est le rédacteur en chef du journal Le Confident, un des deux
quotidiens de ce pays, qui compte 3,5 millions d’habitants.
"La distribution des journaux est catastrophique en République
Centrafricaine. En fait le seul endroit où on trouve des journaux est à
Bangui, la capitale. Et là encore, ils ne sont pas partout. Il n’y a que
trois endroits où l’on peut en acheter. Dans les provinces, il est encore
plus difficile d’en trouver. Les gens qui vivent là-bas voient des journaux
uniquement lorsque quelqu’un qui vient de la capitale en amène. Les journaux
n’ont pas d’antennes en province, ni de correspondants locaux."
M. Bakwa estime toutefois qu’il y a à la fois une volonté et une possibilité
de changement. Mais la situation politique actuelle dans le pays freine
toute évolution.
"Il existe des ONG internationales qui ont des plans de développement déjà
tout prêts pour la presse indépendante, mais en raison de la situation
politique qui change constamment, elles ne sont pas prêtes à les appliquer.
Elles attendent que la situation se stabilise. Cela montre également à quel
point le problème est délicat : je veux parler d’une situation générale qui
empêche tout développement ; d’une situation socio-économique qui est trop
incertaine."
M. Bakwa souligne le fait que son journal serait très désireux de créer un
système de distribution qui fonctionne dans le pays. Toutefois, sans le
soutien de la communauté internationale et avec un gouvernement plutôt
hostile à tout développement de la presse indépendante, il n’y a pas grand
chose qu’il puisse faire.
"Au moins, nous avons une rédaction au Confident, ce que n’ont pas la
plupart des autres journaux et magazines du pays. Et nous avons des abonnés
et des acheteurs réguliers. Nous arrivons à imprimer le journal
quotidiennement. Les autres journaux de République Centrafricaine
n’impriment que lorsqu’ils trouvent une annonce qui leur permet de payer les
frais d’impression. En outre, les conditions de travail des journalistes
sont très difficiles. Il y a une crise générale entre le gouvernement et la
presse indépendante. Et la situation ne fait qu’empirer."
Cette situation est illustrée par le fait que la diffusion du Confident a
dernièrement chuté de 3,500 à 500 copies exemplaires.
"Les gens ne touchent plus leur salaire, si bien qu’ils ne peuvent pas
acheter le journal. Plus personne ne voyage, et donc que plus personne
n’amène de journal avec lui. Quand il faut choisir entre se nourrir ou
acheter le journal, le choix ne se pose même pas, quelle que soit la qualité
du titre."





