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Newsletter n° 24/2003
30/07/2003
LES MÉDIAS AFRICAINS ET LE SIDA

Une bande dessinée sur le SIDA fait un tabac au Kenya

Une bande dessinée traitant du VIH/SIDA au Kenya a montré que l’on pouvait combiner loisirs et éducation. L’extraordinaire popularité du feuilleton radio "Ushikwapo Shikamana" (Si l’on t’aide, aides-toi toi-même) a conduit à la création d’une bande dessinée qui renforce les messages sociaux et de santé contenus dans le feuilleton. RAP 21 a discuté avec le Dr. Kimani Njogu, l’homme qui est à l’origine des deux projets, de l’expansion de cette stratégie créative pour traiter du délicat sujet du VIH/SIDA et pour abolir les obstacles qui s’opposent à l’ouverture d’un débat sur la pandémie.

RAP 21 : Comment vous est venue l’idée de créer une bande dessinée pour accompagner le feuilleton radio ?

Kimani Njogu : J’ai toujours souhaité mettre la culture populaire au service du bien-être social et créer des produits dérivés. Le feuilleton radio est un moyen intéressant d’atteindre un grand nombre de gens. Mais je sais également que les gens qui achètent le journal lisent souvent les bandes dessinées en premier. Mon beau-père les lit systématiquement dans "Taifa Leo". J’ai donc discuté avec des collègues de la possibilité de créer une bande dessinée à partir du feuilleton radio. Les rédacteurs en chef de "Taifa Leo" étaient très enthousiasmés par ce projet.

RAP 21 : Quelle a été la stratégie du feuilleton radio et de la bande dessinée pour aborder la question du VIH/SIDA ?

Kimani Njogu : Dans les deux cas, nous célébrons la vie et nous partons du principe que les individus et les communautés peuvent faire une différence dans la vie des gens. Nous prônons l’efficacité individuelle et collective... le fait que nous ayons un contrôle sur notre destinée. A travers les personnages, nous abordons avec amour et avec délicatesse les questions de la prévention, de la destigmatisation et de l’acceptation personnelle de la maladie.

Le feuilleton radio "Ushikwapo Shikamana" met en scène la vie quotidienne dans trois environnements types du Kenya : un centre urbain, une banlieue et une région rurale, où les possibilités d’éducation et d’emplois rémunérés sont rares. La prévention du VIH/SIDA, la compassion pour les personnes atteintes du virus, et le sort des orphelins dont les parents sont morts du sida sont des thèmes importants de l’émission.

RAP 21 : Quelle a été la réaction du public face à la bande dessinée ? S’est-elle révélée un moyen efficace d’aborder un sujet difficile ?

Kimani Njogu : Oh, notre public l’adore ! Les médias nous consacrent des articles trois fois par semaine depuis quatre ans ! Nous recevons des lettres et des commentaires de toutes sortes de gens. Nous avons des réactions des prisons, des écoles et de lecteurs individuels. Je pense qu’il s’agit d’un moyen très efficace pour atteindre un grand nombre de gens et traiter de questions sensibles qui émeuvent les gens.

RAP 21 : Comment préparez-vous la bande dessinée ?

Kimani Njogu : Je travaille étroitement avec le rédacteur en chef de "Taifa Leo" et avec un dessinateur, un chercheur et un stagiaire des médias. L’équipe se réunit une fois par semaine pour déterminer l’orientation de la BD cette semaine-là. Nous passons également en revue le script radio et nous cherchons des idées intéressantes sur le plan graphique. Nous préparons alors les dialogues. Le dessinateur travaille ensuite sur les croquis, que nous examinons et commentons. Les derniers détails sont finalisés et nous présentons la bande dessinée à "Taifa Leo" sous sa forme définitive. Chaque mois, les valeurs reflétées dans la BD sont passées en revue par le chercheur, qui analyse les lettres du public pour conseiller l’équipe.

RAP 21 : Quelle a été la plus grande difficulté liée au lancement de cette bande dessinée ?

Kimani Njogu : Le fait que nous sommes tous très occupés et que nous avons des délais à respecter.

RAP 21 : Vous avez commencé avec un feuilleton radio, puis vous êtes passé à une bande dessinée. Avez-vous d’autres projets en tête ?

Kimani Njogu : J’adorerais faire de l’animation. J’explore également l’utilisation de l’anglais et d’autres langues kenyanes pour développer la bande dessinée.

Nous avons compilé les BD hebdomadaires dans une série d’albums en 2001. Ces albums sont distribués par le biais des magasins, des programmes d’alphabétisation pour adultes, et des associations féminines, religieuses et de jeunesse à travers l’ensemble du Kenya.

RAP 22 : Comment une telle idée pourrait-elle être adoptée dans d’autres pays qui connaissent des problèmes similaires à ceux de la population du Kenya ?

Kimani Njogu : Je pense que cette idée recelle un énorme potentiel. Cela impliquerait toutefois d’en discuter avec les décideurs, qui ne sont toujours pas convaincus de la puissance de la culture populaire.

Pour plus d’informations contactez RAP21@wan.asso.fr


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