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LIBERTE DE LA PRESSE
NOUVELLES DE LA SCENE DES MÉDIAS
Newsletter n° 16/2003

01/05/2003

SPÉCIAL LIBERTÉ DE LA PRESSE



L’article qui a obligé Hédi Yahmed à fuir son pays

Hédi Yahmed travaillait comme journaliste pour l’hebdomadaire tunisien privé "Réalités" jusqu’à décembre dernier. Toutefois, après avoir publié une série d’articles sur les conditions de vie dans les prisons tunisiennes, il a été obligé de démissionner du journal. Aujourd’hui, il est exilé en France. Hédi a commenté pour RAP 21 les événements qui l’ont conduit à fuir son pays natal.

"Avant la publication de ces articles, tout se passait normalement au sein du journal. Nous avions discuté de ce reportage lors des conférences de rédaction et tout le monde savait que je travaillais sur ce dossier. Les rédacteurs en chef étaient également d’accord avec la publication de ces articles. Quand j’ai terminé mon papier, il a été lu par mes collègues. Ils ont trouvés le reportage intéressant et assez choquant, mais personne ne m’a déconseillé de le publier. Cependant, il y a bien eu un rédacteur qui a dit que le reportage contenait des révélations choquantes et qu’il pourrait être délicat de les publier."

A ce stade, Hédi Yahmed ne saisissait pas bien les conséquences de la publication de la série d’articles, même s’il se doutait que les autorités réagiraient probablement d’une façon ou d’une autre.

"J’étais un peu hésitant avant de publier le reportage, mais j’ai cru comprendre qu’ils ne feraient pas trop de bruit. Je n’aurais jamais imaginé que le procureur m’interrogerait là-dessus, et encore moins que je risquerais de perdre mon emploi. J’étais fier de ce reportage sur lequel j’avais énormément travaillé. C’était la première fois en dix ans que quelqu’un parlait des conditions d’incarcération dans les prisons tunisiennes."

Hédi considère qu’une fois ces articles écrits, il n’en était plus responsable. S’il le journal les avaient censurés, il n’aurait pu rien faire. Mais une fois publiés, il estime que le magazine en portait la responsabilité.

Quand on lui demande pourquoi il n’a pas écrit sous un pseudonyme, Hédi répond que tout journaliste qui se respecte doit écrire sous son propre nom. "Et de toute façon, cela n’aurait probablement pas changé grand chose si j’avais écrit sous un faux nom."

Une fois les articles publiés, Hédi et le directeur de publication de l’hebdomadaire ont été convoqués au bureau du procureur. Après quelques jours, la direction de "Réalités" a fait comprendre au journaliste qu’il devait quitter son travail.

A aucun moment Hédi n’a été accusé d’un quelconque délit, une procédure assez fréquente pour les journalistes en Tunisie.

"Je pense qu’ils ne m’ont pas mis en prison à cause de l’attention internationale qu’avaient suscité l’emprisonnement des autres journalistes en Tunisie. Je suis persuadé également que les autorités ont essayé de faire passer cela pour un conflit interne au journal, plutôt que comme un conflit m’opposant aux autorités. Elles voulaient simplement faire preuve de leur force et donner un exemple aux autres journalistes."

Hédi a choisi de quitter la Tunisie après avoir perdu son emploi au journal. "Je veux continuer à faire du journalisme. Mais en Tunisie aucun journal ou magazine ne peut m’employer. Je ne peux plus pratiquer ma profession là-bas. Pourtant, travailler comme journaliste est la chose la plus importante pour moi."

Quand on lui demande s’il aurait choisi de publier cet article s’il avait connu les conséquences à l’avance, Hédi répond que oui. "Je savais, malgré tout, que tôt ou tard un jour viendrait où je ne pourrais plus exercer la profession de journaliste dans ces conditions."

Lisez l’article qui a valu au journaliste tunisien Hédi Yahmed de perdre son emploi et l’a contraint à quitter son pays natal sur: http://www.wan-press.info/pages/article.php3?id_article=1151


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