Une nouvelle loi antiterroriste a été adoptée en Ouganda en mai 2002. Selon cette législation, les journalistes qui écrivent des articles considérés comme encourageant le terrorisme risquent jusqu’à dix ans de prison ou la peine de mort. Il existe en Ouganda plusieurs mouvement rebelles qui luttent contre le gouvernement qui les qualifie de groupes "terroristes". Tout article couvrant leurs activités peut donc valoir à présent jusqu’à dix ans de prison ou la peine de mort à son auteur.
RAP 21 s’est entretenu avec David Ouma Balikowa, directeur de publication du quotidien independent "The Monitor" et président de l’Institut des Médias d’Afrique de l’Est, chapitre Ouganda.
RAP 21 : En quoi la nouvelle loi antiterroriste influence-t-elle le paysage de la presse en Ouganda ?
Balikowa : Cette loi inflige la peine de mort aux journalistes jugés coupables d’avoir publié ou diffusé des informations qui encouragent le terrorisme, selon l’Etat. Dans un pays où l’activité des mouvements rebelles fait partie de l’actualité, et où la définition du terme terroriste est si fluctuante, couvrir les conflits armés équivaut à commettre un suicide professionnel. A maintes reprises, les responsables gouvernementaux ont interdit les médias et les groupes rebelles, les traitant comme étant des ennemis qu’il faut combattre. La loi vise principalement à empêcher les médias de couvrir les divers conflits entre factions rebelles, laissant à l’Etat le soin d’être la seule source d’information.
RAP 21 : En quoi cette nouvelle loi influence-t-elle le travail quotidien des journalistes ougandais ?
Balikowa : Les journalistes ont peur d’écrire des articles sur les conflits qui incluent les rebelles. Le 10 octobre dernier, trois reporters du "The Monitor" ont été arrêtés et inculpés pour avoir publié un article disant que les rebelles au nord du pays avaient abattu un hélicoptère de l’armée. Le journal a été perquisitionné par la police, ses ordinateurs et ses serveurs ont été confisqués, et ses bureaux fermés pendant sept jours. Ces mesures ont quelque peu refroidi les journalistes en activité.
RAP 21 : Quels autres moyens juridiques de répression le gouvernement utilise-t-il ?
Balikowa : Il y a les lois sur la sédition, la calomnie, la publication de fausses informations ou la diffamation qui visent à censurer, harceler et arrêter les journalistes, et qui contribuent nettement à faire apparaître la profession comme étant risquée. Ces lois sont contraires à l’Etat de droit et à la constitution du pays qui garantit la liberté d’expression. Il existe également d’autres moyens économiques et politiques indirects qui sont utilisés pour harceler les médias, notamment le refus des services gouvernementaux de placer des annonces dans les médias et l’application des taxes exorbitantes.
Le gouvernement envisage également de resserrer son étau sur les médias cette année. Lors d’une rencontre avec des journalistes en janvier, le ministre d’Etat à l’Information, Basoga Nsadhu, a déclaré : "Cette année, nous sommes déterminés à remettre de l’ordre dans la maison. Nous allons appliquer toutes les lois sur les médias que nous avons laissées en suspens depuis quelques années, car les médias étaient une industrie encore jeune. A présent l’industrie a atteint sa maturité. Nous allons donc appliquer le statut relatif à la presse et aux journalistes de 1995, le statut des médias électroniques de 1997, la loi antiterroriste de 2001 et les autres législations relatives aux médias."





