En Côte d’Ivoire, de nombreux journaux ont été créés par des journalistes et
il existe un manque crucial de compétences dans la gestion, le marketing et
la production, fait-il remarquer. Les coûts de fabrication d’un journal sont
en outre très élevés.
Ces deux facteurs, montre M. Bakayoko, expliquent pourquoi les directeurs de
journaux hésitent souvent à se lancer dans un tirage à 10.000 exemplaires.
C’est pourtant là que se situe le seuil de rentabilité d’une publication,
affirme-t-il.
Prenons un journal tiré à 4.000 exemplaires. "On peut estimer qu’il y a
toujours entre 20 et 30 pour cent d’invendus. Si on prévoit un taux
d’invendus de 25 pour cent, le nombre de journaux vendus est de 3.000
exemplaires", explique M. Bakayoko.
Cela équivaut à 240.000 francs CFA (380 dollars US) de coût de fabrication.
Les frais de diffusion ajoutent un autre 35 pour cent, soit un coût de
450,000 francs CFA (715 dollars US).
Si le prix de vente au numéro est de 200 francs CFA (30 centimes US), les
rentrées pour 3.000 exemplaires seront de 600.000 francs CFA (955 dollars
US), laissant des recettes de 150.000 francs CFA par jour.
Mais une fois les salaires de l’équipe éditoriale déduits, "il y a déjà un
déficit", pointe M. Bakayoko.
Prenons maintenant un quotidien tiré à 10.000 exemplaires. Si l’on prend la
même proportion de copies invendues et que l’on suit le même calcul, on
arrive à un résultat de 9 millions de francs CFA de recettes (14.316 dollars
US) par mois et le journal pourra donc payer son équipe rédactionnelle.
"A 10.000 exemplaires, on arrive à un point qui, à la condition d’avoir
aussi des recettes publicitaires, parvient à un certain équilibre", conclut
M. Bakayoko.
Ainsi, commencer avec un tirage trop modeste condamne le projet avant même
qu’il ne démarre. Afin d’aider les journaux à se monter et à survivre, M.
Bakayoko a créé un Conseil National des Patrons de Presse de Côte d’Ivoire
il y a un an. Le but, entre autres choses, est de mettre sur pied une
centrale d’achats qui commandera du papier en grande quantité pour permettre
aux publications ivoiriennes d’en acheter à moindre coût.
Le coup d’Etat du 19 septembre a suspendu les activités du Conseil en Côte
d’Ivoire, mais le travail continue car le pays aura besoin d’une telle
structure lorsque la paix sera revenue dans le pays, estime M. Bakayoko.
Avec 40 journaux quotidiens en Côte d’Ivoire il y a quelques mois, seuls 18
ou 20 sont encore en vie, indique-t-il.





